Les fleurs, tremplins pour le Varroa

Les fleurs, tremplins pour le Varroa

Par Rachel MULOT – Publié le 08.01.2017,  Sciences et Avenir Varroa

Il suffit de deux secondes au varroa, un redoutable parasite, pour s’accrocher à une abeille depuis une marguerite. C’est ce que démontre une nouvelle étude Américaine. L’acarien dévastateur pourrait ainsi infester l’insecte au cours du butinage. Varroa

Elles ont beau être aveugles, dotées d’un cerveau microscopique, les femelles de l’acarien Varroa destructor ne ratent jamais une abeille qui se pose à leurs côtés. En deux secondes, ces sortes de crabes rougeâtres longs de moins de 2 mm s’arriment à l’insecte. Ils sont dotés d’une sacrée détente et de huit pattes terminées de ventouse. Les varroas ne vont plus le lâcher jusqu’à ce qu’il les transporte dans la ruche. Ils pourront de là se goinfrer du “sang” des abeilles et des larves.

Une étude publiée dans la revue PLOS one, décrit pour la première fois cette situation. Comment ces “vampires” peuvent-ils agilement sauter depuis une fleur sur une butineuse?

La découverte de ce nouveau mode de transmission du varroa est importante. Le parasite redoutable est mis en cause dans la surmortalité des abeilles en hiver et le syndrôme d’effondrement des colonies (CCD).

“Les acariens n’ont pas d’yeux. Ils s’appuient probablement sur leurs membres antérieurs chémosensoriels pour détecter leurs hôtes potentiels. Nous avons donc commencé cette étude en doutant. Un acarien sur une fleur est-il capable d’une discrimination sensorielle rapide? Peut-il détecter une abeille et faire les acrobaties nécessaires pour monter sur une butineuse avant qu’elle ne s’envole? » C’étaient alors les interrogations de l’écologue David Thomas Peck, de l’université Cornell, à Ithaca (État de New York), premier signataire de l’étude. « Une fois les acariens posés sur les abeilles, ils montrent des comportements assez sophistiqués pour éviter d’être évacués par un toilettage.”

En moins de deux secondes, ils grimpent sur le dessus d’une patte ou au centre du dos de l’insecte. Ce dernier ne peut les y atteindre. Finalement, lorsque les acariens gagnent une ruche, ils se reproduisent dans les cellules du couvain et commencent à se nourrir dans la place.

Les fleurs coupées seraient un vecteur de propagation du parasite

Jusqu’alors, on savait que les parasites se transmettaient entre colonies. Lors du pillage d’une ruche affaiblie et infestée par d’autres abeilles, lors de la visite de faux bourdons étrangers, ou encore lors de l’essaimage.

Mais des apiculteurs avaient déjà observé des parasites sur des fleurs. Ils discutaient sur certains forums de la possibilité que ces derniers attendent en embuscade sur des fleurs.

En 2000, un inspecteur du Département américain de l’agriculture (USDA) avait découvert un varroa sur des fleurs en provenance des Pays-Bas. Il n’y avait pourtant aucune abeille dans la cargaison. Cela suggérait que la bestiole avait survécu plusieurs semaines sans le fluide nourricier qu’elle suce chez sa victime. Inquiétant.

Une femelle varroa vivante a aussi été découverte sur le cadavre d’une abeille dans un lot de fleurs coupées en provenance d’Afrique du Sud.

Les résultats de l’étude

Il fallait donc vérifier si l’acarien pouvaient se servir des végétaux comme d’un tremplin pour infester ses hôtes? Pour cela, les chercheurs ont testé des colonies de butineuses des montagnes des Adirondacks, dans l’État de New York. Ils ont placé des parasites sur des mangeoires d’eau sucrée et sur des fleurs en pots. Ils ont observé les acariens détecter les abeilles . Les varroas traçaient alors habilement leur chemin sur le dos des insectes.

Sur les 31 acariens placés sur des mangeoires sucrées, 29 ont infesté l’abeille. Seuls deux ont été balayés par le vent. Dans 12 cas, les abeilles se sont immédiatement nettoyées, mais n’ont pu enlever le parasite que trois fois. 26 des 31 parasites ont chevauché leur victime jusqu’à la ruche où ils ont pu s’installer et prospérer dans les couvains. Des 43 acariens placés sur des fleurs, 41 ont infesté l’abeille. Un seul est tombé de son hôte. Un seul a été évacué par toilettage.

Ces résultats soulèvent désormais des inquiétudes au sujet de la livraison de fleurs coupées et de la propagation du varroa dans les rares zones où il n’existe pas, comme l’Australie et les îles d’Ouessant et de La Réunion.

“Si un acarien est capable de sauter depuis une fleur sur une abeille qui a visité un marché de plein air, le résultat pourrait être désastreux”, explique l’écologue Américain. Il ajoute que des mesures de protection plus strictes devraient être envisagées pour les expéditions de fleurs. Celles-ci pourraient inclure de pulvériser les plantes de produits acaricides, de les réfrigérer ou encore de limiter les expéditions aux fleurs cultivées dans des serres sécurisées.

Les prochaines étapes de cette recherche seront de mieux comprendre les comportements des acariens sur les fleurs, comme la fréquence et les circonstances dans lesquelles ils les visitent.

 


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